
Voilà aujourd’hui deux échéances législatives l’USFP n’arrive plus premier, deux défaites électorales qui devraient suffire à poser un certain nombre de questions, et le pousser à “revoir sa copie”.
En 2007, nous l’avons vu, M. Elyazghi a été poussé à la sortie par ses collègues, eux mêmes logiquement (et normalement) éjectables. L’échec d’une équipe, d’une politique, d’une vision a été imputé à une personne, puis confirmé pour l’ensemble de la “Team” en 2011.
Deux élections que les marocains signifient clairement que le parti fondé par Benbarka et Bouabid n’est plus le bienvenu, ou qu’en tout cas, il ne répond plus à leurs attentes.
Et la logique voudrait que les cadres du parti, qu’une jeunesse dynamique prenne les devants pour poser une question anodine mais non moins importante: Pourquoi en sont-ils arrivés là?
Ajoutons-y une question qui s’impose au vu des données électorales dont nous disposons: Pourquoi une bonne partie des parlementaires USFP sont des notables ruraux? Portant les couleurs du Parti de façon tout à fait conjoncturelle et dans une perspective uniquement tactique (accéder à la chambre des représentants pour ne représenter que leurs intérêts).
Pourquoi l’USFP a-t-il été chassé des villes?
Commençons d’abord par soumettre les résultats à l’épreuve des chiffres, des faits.
Un tour du Maroc des villes met le doigt très rapidement sur le principal problème du parti : L’USFP n’est plus là où il doit être.
Soyons optimistes et commençons par les meilleurs résultats du parti dans les villes :
- A Fès, les ministres Ameur et Chami ont pu assurer leur présence dans l’hémicycle en glanant deux sièges parmi les 8 possibles à Fès.
- A Agadir, ville qui faisait office de vitrine d’un USFP soucieux de se mentir et de croire en un passé dont il ne garde que le bon souvenir, ville faisant office de véritable « Survivor » dans Koh-Lanta ittihadi, M. Kabbaj n’a pas manqué d’être englouti par le Tsunami PJDiste, en sauvant toutefois son siège. (1 siège / 4).
- Rabat, capitale historique du parti n’a pas manqué de participer à la claque électorale, l’USFP2011 n’a pas séduit les Rbatis, et sur les 7 sièges qui représentent la capitale, l’USFP n’a pu en glaner qu’un seul, dans les conditions que nous connaissons et par la personnalité que nous ne présentons plus, on y reviendra.
- Oujda, capitale de l’oriental, a décidé que l’USFP ne portera pas sa voix, en préférant interdire aux candidats socialistes de parler en son nom au Parlement, sur les 4 sièges d’Oujda, la rose n’en a eu aucun.
- Meknès, 6 sièges et aucun pour l’USFP.
- Marrakech, 9 sièges et aucun pour nous.
- Tanger, 5 sièges, USFP out.
- Le pire, la claque monumentale, la séisme électoral, le cerisier du le gâteau (une cerise est trop petite) : Casablanca. Dans toute la concentration des « forces populaires » que compte notre capitale économique, sur les 26 sièges que se disputaient les candidats Casaouis, les « héritiers de Bouabid » n’en ont eu AUCUN. 0 sur 26.
Je vous confierai entre deux lignes qu’il m’a été très difficile d’écrire ces chiffres, que j’ai même pensé à abandonner l’article à plusieurs reprises, mais j’ai pensé que nous devons nous rendre compte de ces erreurs, faire face à la réalité pour pouvoir espérer mieux repartir.
Maintenant que le parti enlasse le fond, il n’y a plus le choix, continuer à faire les aveugles, et creuser encore plus profond. Se réveiller, revoir son discours et se réconcilier avec sa propre identité pour remonter.
Je continue, sur les 69 sièges réservés à nos 8 plus grandes villes, l’USFP en a eu 4 : Trois par des ministres, 1 par un maire. Excusez du peu (et c’est le cas de le dire).
Le constat est sans appel, seuls 10% des parlementaires USFP ont été élus dans des grandes villes.
Revenons donc à notre question initiale :« Pourquoi en sommes-nous arrivés là ?»
Bien conscient qu’à mon niveau, je ne peux décider des raisons qui ont débouché sur cet échec, j’émets néanmoins un certain nombre d’hypothèses qui pourraient expliquer dans une certaine mesure le refus marocain du projet ittihadi.
Le dépassement de l’ère des Zaïms :
Vu de l’extérieur, et vécu de l’intérieur, l’USFP est comparable à un « parc jurassique », l’expression à la mode ces derniers temps, est tout à fait vérifiable au sein des instances de notre parti.
L’heure n’est plus aux gesticulations staliniennes, ni aux communiqués stériles, la twittomania et les messages clairs, pertinents et concis se sont substitués aux formules téléchargeables et répétitives.
Ce qui a fait la légitimité de nos « leaders » il y a 20 ans n’est plus d’actualité, le dynamisme est corrélé à l’image, les marocains ont anticipé la retraite d’un USFP vieillissant et boiteux, l’option « sage du village » est à revoir.
Cette incapacité à se renouveler et à présenter de nouvelles têtes est une des principales faiblesses de notre parti, dans une démocratie, défaite inattendue est synonyme de retraite : une défaite suivie d’un nouvel essai est synonyme de petitesse. A bon entendeur.
Un mode de gouvernance oligarchique où l’intérêt d’un groupe d’individus devient prioritaire dans les politiques du parti :
Les deux points sont liés, l’un n’allant pas sans l’autre, les Zaïms anciennement proclamés et désormais auto-proclamés gèrent le parti de façon tout à fait oligarchique, le pouvoir est bien distribué entre les différents groupes et les intérêts des uns font les intérêts des autres, la main invisible s’occupe du reste, le tout bien sûr, dans l’intérêt des différents groupes qui détiennent le pouvoir.
Pire, le parti est de plus en plus réduit à un outil. On utilise le parti pour faire pression, on utilise le parti pour accéder à des postes : on utilise le parti pour servir ses propres intérêts.
Un discours qui a perdu toute crédibilité :
Enfin, le troisième point est également lié aux deux autres, l’USFPoutil s’adapte aux circonstances, ses changements de discours sont quantitativement inverses aux changements de têtes à ses commandes.
Un discours qui rompt non seulement avec son passé, mais également avec ce qui fait sa force : les masses populaires.
Et le verrouillage est tel, qu’aujourd’hui, nulle personne raisonnable ne peut espérer changer les choses, à moins qu’un véritable printemps ittihadi ne vienne pousser ces oligarques compsognathusienne à fuir sa queue entre ses jambes.
Aujourd’hui, le parti a le choix entre trois options :
- D’une part, continuer à mener la politique qu’il mène et courir à sa perte, la voie est simple, claire et toute tracée, nous l’avons vue.
- D’autre part, sombrer dans le socialisme de salon, trop s’intellectualiser jusqu’à couper le cordon avec le peuple et la base populaire. Nous le voyons bien souvent avec les partis de gauche dans les sociétés arabes.
- Réadapter son discours, rappeler son attachement aux valeurs de la Gauche et combattre ses adversaires politiques avec leurs propres armes. Que le discours politique du parti parte de la réalité du pays, ne réponde pas à une vision importée, ni à des intérêts.
Sur ces 3 possibilités, je préfère la troisième, notre force a toujours été dans la proximité entre le parti et le Peuple.
Notre héritage est bien trop beau pour que nous nous déclarions vaincus.
Vive l’Union Socialiste des Forces Populaires ! Vive le Maroc !
Driss Alaoui Belghiti.
